

Si l’on est aux Quattro Canti et que l’on regarde en direction de la Gare centrale, en tournant le dos à piazza Verdi, le “mandamento” Palazzo Reale se trouve à droite, derrière l’église baroque S. Giuseppe dei Teatini, et non seulement c’est l’une des zones les plus riches en histoire de la ville, mais c’est l’ancien lieu du centre du pouvoir. Au sommet, dans l’endroit le plus haut de la ville, à côté de Porta Nuova, s’étend le Palais Royal ou Palais des Normands, édifié par ces derniers sur des préexistences puniques, romaines, byzantines et arabes. Siège royal et administratif, mais aussi d’usines textiles et, sous Frédéric II, de la célèbre école poétique sicilienne, à son intérieur se trouve l’extraordinaire Chapelle Palatine, l’un des monuments les plus célèbres au monde, fondée par le roi Roger en 1130, où se fondirent l’expérience de l’architecture fatimide avec la somptuosité décorative des mosaïques byzantines. Après une période de décadence, le palais fut restructuré et remodulé dès la deuxième moitié du XVIe siècle par les vice-rois espagnols. D’autres interventions eurent lieu aux XVIIIe et XIXe siècles, qui ne laissèrent que deux des tours existantes (la Pisana et la Joaria). Depuis 1946 c’est le siège de l’Assemblée régionale de la Sicile.
A côté du Palais Royal, un peu plus bas, le monument à Philippe V, complexe machine triomphale baroque (1661). Et devant, s’étend le Jardin Bonanno, réalisé en 1905, où se trouvent d’intéressantes ruines de maisons romaines d’époque républicaine et impériale. Aux alentours, l’église SS. Elena et Costantino, de la fin du XVIe siècle, avec l’oratoire du même nom du XVIIIe siècle. Au-delà, il y a piazza della Vittoria, où, à côté du palais de la Préfecture de police, se dresse le palais Sclafani du XIVe siècle, avec de beaux arcs brisés bichromes en pierre lavique sur les fenêtres jumelées de la façade et cloître central; en face, le palais Pirrone du XVIIe siècle. Toujours sur piazza della Vittoria, il y a la chapelle Maria SS. della Soledad, construite en 1590 par les nobles espagnols et profondément rénovée en 1679 par Paolo Amato.
Derrière le Palais Royal, l’église de la Madonna dell’Itria (d’origine byzantine), dite aussi della Pinta, pour la représentation sacrée L’Atto della Pinta de Teofilo Folengo, mise en scène en 1562; démolie en 1620, elle fut réédifiée cinquante ans après. A côté, l’oratoire S. Mercurio, avec décoration de stuc du XVIIIe siècle de Procopio Serpotta.
Dans ce “mandamento” se trouve l’un des monuments les plus universellement connus et suggestifs de Palerme, l’église St-Jean-des-Ermites, aux petites coupoles rouges caractéristiques, construite par Roger dans la première moitié du XIIe siècle et confiée aux Bénédictins, dans un site ayant eu au cours des siècles une fonction symbolique et sacré. L’architecture arabo-normande typique peut être particulièrement relevée dans le délicieux cloître du couvent (ce dernier n’existant plus). Sur la via dei Benedettini même, l’église S. Giorgio in Kemonia (1765) et la porta Mazzara, remontant à l’époque normande, avec les ruines des fortifications du XVIe siècle.
La configuration actuelle du “mandamento” Palazzo Reale est le résultat des interventions faites entre la moitié du XVIe et la fin du XVIIe siècle: l’on combla le fleuve Kémonia (le “fleuve du Mauvais temps” arabe), sur son lit l’on construit la via Porta di Castro; le fleuve se jetait à la mer, tout de suite après l’actuelle via del Ponticello. Et s’y dressa le quartier de l’Albergheria, où aujourd’hui nous voyons l’église S. Francesco Saverio (1685-1710), l’un des exemples les plus significatifs d’édifice de plan central en Sicile, la petite église S. Maria delle Balate (1631) et le palais Giallongo di Fiumetorto (1771), avec façade rococo, mais en un piteux état de dégradation. A côté de ce dernier, l’église S. Nicolò avec la tour contiguë, d’origine du XIIIe siècle et amplement modifiée au milieu du XVIIIe siècle. Dans cette zone surtout, l’activité du bâtiment à caractère religieux eut une grande impulsion, les oratoires proliférèrent et les cœurs de deux ordres puissants allèrent en se configurant, l’église et le couvent des Jésuites (Casa Professa) et le Carmine Maggiore.
L’église del Gesù (1564-1633), très riche en marbres mêlés et en œuvres d’art, et avec un suggestif cloître du XVIIIe siècle, est l’un des exemples les plus remarquables du Baroque palermitain. La Casa Professa occupait un vaste ilôt comprenant même l’actuel palais Marchesi, du XVe siècle, sur le troisième ordre duquel on éleva le clocher de l’église del Gesù (1731). Et dans les pièces de la Casa Professa et du complexe de S. Michele Arcangelo (de fondation normande) se trouve la Bibliothèque municipale, comptant plus de 200.000 volumes anciens. Sur piazza Casa Professa, il y a ce qui reste, c’est-à-dire la façade étayée, du Collegio della Famiglia di Maria a Casa Professa (1671) et le palais Pulvirenti du XVIIIe siècle.
Aux alentours du palais Marchesi, il y a l’église SS. Quaranta Martiri al Casalotto, de fondation médiévale, mais dont l’aspect néoclassique actuel est du début du XIXe siècle. Tout de suite après Casa Professa, par contre, se cachent l’église S. Maria delle Grazie al Ponticello, de structure du XVIe siècle, et l’oratoire delle Dame, fondé à la fin du XVIe siècle, petit bijou baroque avec une précieuse décoration picturale.
L’autre grand édifice religieux du “mandamento” est l’église del Carmine, édifiée par Mariano Smiriglio à partir de 1627, qui a une splendide coupole en faïence, avec d’extraordinaires décorations plastiques dans le tambour. L’église se trouve au cœur du marché de Ballarò, l’un des quatre marchés historiques, avec la Vucciria, le Capo et Borgo Vecchio (Ballarò dérive, sans doute, de l’arabe suq-al-Balarî, pour indiquer le lieu où les paysans provenant du hameau Balarâ, près de Monreale, vendaient leurs marchandises). Aux alentours, il y a l’église S. Giuseppe del Collegio di Maria, de la moitié du XVIIIe siècle, avec un beau maître-autel Empire à l’intérieur.
En retournant à l’Albergheria, nous trouvons porta S. Agata, d’époque normande, à une seule portée; sur cette rue même, l’oratoire del Carminello, avec les stucs raffinés de Giuseppe et Procopio Serpotta.
De l’autre côté du “mandamento”, près de piazza Bologna, nous trouvons le massif palais Speciale-Montaperto di Raffadali du XVe siècle, avec de belles fenêtres jumelées sur la façade et escalier du XVIIIe siècle; l’église S. Chiara, de fondation du XIVe siècle, mais transformée entre la deuxième moitié du XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe siècle, avec une décoration de marbre raffinée et des fresques d’Olivio Sozzi, Gaspare Serenario, Pietro Martorana, Gaspare Fumagalli, Antonino Grano, et un splendide maître-autel en marbres et pierres dures; à côté, le clocher du XVIIIe siècle. Ensuite, l’église S. Giovanni all’Origlione, érigée au XVIIe siècle et refaite à la fin du siècle suivant avec une imposante façade; le palais Federico du XVIIe siècle reconfiguré au XVIIIe siècle, englobant la tour Busuemi, d’origine arabe; le palais Bennati-Ventimiglia, dont il ne reste que la belle façade du XVIIIe siècle; et le palais Oneto di S. Lorenzo, avec façade et cour du XVIe siècle.
Placé en face du “mandamento” Palazzo Reale (toujours à droite en regardant les Quattro Canti), derrière le coin nord-ouest, il renferme la zone comprise dans le périmètre entre le corso Vittorio Emanuele, la via Maqueda, le corso Alberto Amedeo, la piazza Vittorio Emanuele Orlando et la via Volturno. L’histoire urbanistique de ce “mandamento”, particulièrement complexe et stratifiée, est le résultat d’une série d’interventions s’étant succédées de la moitié du XVe siècle au début du XVIIe siècle, dont la plus importante fut le comblement des eaux du Papireto (dont le lit se trouvait dans la zone entre piazza SS. Cosma e Damiano et la via Candelai).
Jadis zone d’établissements militaires, des édifices religieux et aristocratiques s’y dressèrent, tandis que dans la partie plus à val, où les marais formés par les eaux du Papireto rendaient l’air peu salubre, se forma un bâtiment pauvre, souvent au service de marchés et de petites activités commerciales.
Lieu symbole du pouvoir religieux, ce “mandamento” est marqué par la présence de la Cathédrale (voir corso Vittorio Emanuele), derrière laquelle il y a la chapelle S. Maria l’Incoronata, en partie réédifiée dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dont les origines remontent à l’époque normande comme agrandissement de la basilique chrétienne précédant la réalisation de la Cathédrale. Sur le côté occidental, il y a la Loggia dell’Incoronazione du XVIe siècle, ainsi nommée parce que, suivant la tradition, les rois à peine couronnés s’y montraient pour recevoir l’hommage du peuple. En face, l’oratoire dei SS. Pietro e Paolo, œuvre des dernières années du XVIIe siècle de Paolo Amato, avec un très vif portail et un intérieur richement décoré de stucs et de marbres mêlés. Nous trouvons, ensuite, l’oratoire dei Pellegrini du XVIe siècle, l’église dell’Angelo Custode du XVIIIe siècle, l’église S. Maria di Monte Oliveto (ou Badìa Nuova), de 1623, projetée par Mariano Smiriglio, avec façade originale et décoration de la voûte de Piero Novelli; l’église del Noviziato dei Gesuiti du XVIIe siècle (dédiée à Saint Stanislas Kostka), avec façade de 1704 et, à l’intérieur, appareil décoratif rococo et d’intéressantes œuvres d’art; le palais Guccia, édifié à la fin du XVIIIe siècle sur le rempart du Papireto; la petite église SS. Annunziata a Porta d’Ossuna; l’église della Sacra Famiglia (ou delle Cappucinelle) du XVIIIe siècle; le palais Fernandez (le siège de l’Académie des Beaux-Arts), fondé au début du XVIIIe siècle, mais achevé à la fin du XIXe siècle d’après un nouveau projet de Giuseppe Damiani Almeyda; le palais Mulinelli di S. Rosalia tout près, du XVIe siècle (le siège d’une partie de l’Académie des Beaux-Arts); le palais Artale di Collalta, construit au XVIIe siècle et remanié dans la première moitié du XIXe siècle; le palais Del Castello di S. Isidoro, avec portail de la fin du XVIe siècle.
Dans cette zone il y a trois églises qui tiennent leur nom de la “Guilla”, quartier tenant son nom d’une veine d’eau copieuse jaillissant près du Papireto (de l’arabe wadi, “fleuve”, ensuite corrigé en “guida”, “guidda”, “guilla”): l’église S. Agata alla Guilla (la sainte avait sa maison dans cette zone), d’origine normande, reconstruite entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, avec des fenêtres en style gothique catalan et portail avec des colonnes de l’école de Gagini; l’église S. Giovanni Battista alla Guilla, d’époque normande, mais entièrement reconstruite à la fin du XVIIIe siècle; et l’église SS. Quaranta Martiri alla Guilla, édifiée au début du XVIIe siècle par les Pisani (dédiée aux soldats d’une légion romaine tués dans un marais gelé en 320 apr. J.-C.), avec à l’intérieur des fresques de Guglielmo Borremans.
Le vaste édifice du mont-de-piété, dont tient son nom ce “mandamento”, nacquit en 1550 comme usine pour la production de linge; quarante ans après, il fut modifié et affecté à mont-de-piété; il eut d’ultérieures transformations au XVIIIe siècle, dont le portail néoclassique. En face, l’oratoire S. Stefano, d’origine de la fin du XVIe siècle.
La plus belle église du “mandamento” est celle de S. Agostino, édifiée au XIIe siècle (mais plusieurs fois réstaurée), où la façade médiévale nue – mais ornée d’une rosace fleurie – contraste avec la blanche splendeur de l’intérieur, riche en décorations et œuvres d’art, et d’où l’on accède à l’élégant cloître du couvent (deuxième moitié du XVIe siècle). A côté de l’église, le complexe dello Spirito Santo (ancienne caserne Falletta), d’origine du XIVe siècle, avec une église du début du XVIIe siècle et un couvent affecté au XIXe siècle à caserne des pompiers. En face de l’église S. Agostino, le palais Trucco, du XVIIe siècle, restructuré dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l’église SS. Diecimila Martiri du XVIIe siècle, qui appartenait à la Compagnie du même nom et refaite au XVIIIe siècle, et le palais Barlotta di S. Giuseppe, de fondation médiévale et restructuré à la fin du XVIIe siècle.
Ce “mandamento” renferme à son intérieur un des marchés historiques de la ville, celui du Capo, dont le nom dérive de Seralcadio, l’ancienne dénomination du quartier (de l’arabe sâri-al-qadî, “route du Kadì”, magistrat); pour sa position dans la partie supérieure du quartier, en effet, la zone fut nommée “caput Seralcadii”, et la locution Capo resta dans le langage courant. L’entrée du marché est marquée par la Porta Carini du XVIIIe siècle (ainsi nommée parce que d’ici partait l’ancienne route pour ce village); et à l’intérieur du marché typique, on rencontre de nombreux édifices religieux: parmi lesquels on remarque l’église dell’Immaculée Conception (1604), surprenante pour la somptueuse décoration baroque “en marbres mêlés”; l’église Maria SS. della Mercede, d’origine du XVe siècle, mais remaniée au cours des siècles; l’église S. Ippolito, du XIVe siècle, avec façade refaite au XVIIIe siècle par Andrea Palma; l’église S. Gregorio Magno a Porta Carini, fondée suivant la tradition par Saint Grégoire même et puis détruite par les Sarrasins, réédifiée par les Normands et puis rénovée au XVIIIe siècle; et les églises S. Marco et SS. Crocifisso di Lucca du XVIe siècle.
Tandis que dans la piazza Beati Paoli toute près, nous rencontrons l’église SS. Cosma e Damiano du XVIe siècle et l’église S. Maria di Gesù al Capo, de fondation du XVe siècle, mais dont la structure remonte à la moitié du XVIIe siècle.
Parmi les autres monuments de ce “mandamento”, rappelons: l’église S. Maria del Giusino du XIXe siècle; l’église dei Tre Re, fondée à la fin du XVIe siècle (il reste un beau portail) et refaite au XVIIIe siècle, avec décoration stuquée de l’école du Serpotta; le palais Leone-Cupani, d’origine du XVIIe siècle et restructuré au XIXe siècle; l’église S. Maria di Montevergini, avec l’imposante façade de 1704 d’Andrea Palma et des fresques de Guglielmo Borremans; l’église S. Paolino dei Giardinieri, fondée à la fin du XVIe siècle, bombardée pendant la dernière guerre et restaurée comme mosquée dans les années ‘90 du XXe siècle; le palais Vanni di S. Vincenzo, édifié au XVIIe siècle englobant des restes de structures médiévales; l’oratoire S. Onofrio, de la moitié du XVIe siècle et remanié au XVIIIe siècle.
Aux alentours du Capo, il y a un autre marché typique de la ville, celui des tissus dans la via Bandiera.
Dès le XIXe siècle, ce quartier a subi de profondes modifications, par les démolitions du quartier de la Concezione et du rempart d’Aragona, sur son terrain est né dans les années ‘30 du XXe siècle le Palais de justice, et du quartier S. Giuliano pour faire de la place au Théâtre Massimo: ce dernier, l’un des opéras les plus grands et fastueux d’Europe, a été commencé par Giovan Battista Basile en 1864 et achevé par son fils Ernesto en 1897; en style corinthien, avec pronaos au sommet du splendide escalier et coupole, à sa décoration participèrent les meilleurs peintres, sculpteurs et artisans siciliens de l’époque.
CASTELLAMMARE
Toujours en partant des Quattro Canti di Città, mais en regardant à gauche, ce “mandamento” comprend la zone derrière le coin sud-ouest. Il est délimité par la via Maqueda, par le corso Vittorio Emanuele, par le front de mer et par la via Cavour, et tient son nom de ce qu’autrefois était le puissant Castello a mare et dont aujourd’hui ne restent que quelques ruines. Et c’est aussi le “mandamento” ayant subi le plus d’altérations et bouleversements, en plus des terribles blessures des bombardements de la dernière guerre, qui effacèrent des quartiers entiers regardant la mer. Il se déroule entièrement au-delà de la ville phénicienne et il s’articulait originairement en un réseau serré de ruelles qui commençait de l’ancien port de la Cala et du Castello a mare et qui avait dans le quartier de la Loggia son centre commercial, fréquenté à l’époque médiévale par des marchands génois, pisans, de Lucques, amalfitains et catalans.
Avec la décadence du port, les activités artisanales et le commerce au détail l’emportèrent, ce qui mena à la floraison de la Vucciria, marché probablement d’origine angevine, dont le nom dérive du français boucherie, quand il n’était député qu’à la vente de viandes. Quartier gardant encore aujourd’hui, malgré la dégradation, le marché plein de charme, bigarré de voix, sons et odeurs, et l’ancienne structure urbaine, avec les ornements de la fontaine de piazzetta Garraffello du XVIe siècle et de la fin du XVIIe siècle, avec l’édicule de marbre du Génie de Palerme et la plaque en marbre dessinée par Paolo Amato, sur la piazzetta Garraffo (de l’arabe gharaf, “riche en eau”); tandis que la fontaine du Garraffo fut par la suite placée sur la piazza Marina. Sur la piazza Garraffello donnent les palais Lo Mazzarino-Merlo, du XVIe siècle, où nacquit le père du cardinal Giulio Mazzarino, et le palais Gravina Filangeri di Rammacca al Garraffello du XVIIe siècle en état de dégradation.
La coupure de la via Roma, voulue par le plan d’urbanisme Giarrusso (1885), mutila fortement le quartier médiéval de la Conceria (ainsi nommé pour la présence des boutiques de tanneurs), ensuite définitivement détruit par les interventions d’amélioration des années Trente du XXe siècle; la Conceria gravitait autour de la via Bandiera, qui commence dans le “mandamento” Monte di Pietà et a son cœur au-delà de la via Maqueda.
La forteresse du Castellammare, au nord-est de la Cala, garde encore la Grande Tour, le corps d’entrée et la tour cylindrique, aujourd’hui l’objet de travaux soignés de réhabilitation; remontant à l’époque normande (ou peut-être même musulmane), le complexe fut ultérieurement fortifié à partir du XVe siècle, avant de tomber progressivement en décadence à l’époque bourbonienne et être démoli dans les années ’20 du XXe siècle. Tandis que la zone du quartier du Castello S. Pietro, presqu’effacé par les bombardements, à présent est en train d’être lentement réhabilité, sur la piazza XIII Vittime sont en cours des fouilles archéologiques qui pourraient mettre au jour des habitations d’époque arabe (XIe-XIIe siècle), les premières découvertes à Palerme jusqu’à présent.
Dans cette zone, autrefois riche en portes de la ville du XVIIe et du XVIIIe siècle, abattues au cours du temps (Porta Carbone, della Doganella, della Pescaria, della Calcina, di Piedigrotta, di S. Rosalia), le tissu urbain en amont du Castello S. Pietro est mieux conservé, avec la série d’églises et oratoires de Serpotta disposés le long de l’axe menant de via Squarcialupo au largo Cavalieri di Malta jusqu’à la via Bambinai. S’y succèdent: le Conservatoire de Musique, avec un portail gothique catalan (fin XIVe siècle), seule trace de l’église dell’Annunziata détruite par les bombes de ’43; l’église S. Cita (du XVIIe siècle, mais restructurée à la fin du XVIIIe siècle), riche en autels baroques splendides et œuvres d’art importantes, avec cloître du XVIIe siècle annexe au couvent n’existant plus; l’oratoire del Rosario di S. Cita, conservant sur les murs les extraordinaires plate-bandes décoratives stuquées de Giacomo Serpotta (fin XVIIe siècle-début XVIIIe siècle); l’imposant palais Raccuja-Branciforti di Pietraperzia (aujourd’hui le siège de la Fondazione Chiazzese), édifié à la fin du XVIe siècle, agrandi dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et remanié au début du XIXe siècle, lorsqu’il devint le siège du mont-de-piété de S. Rosalia; l’église S. Maria del Piliere, édifiée au XVIe siècle, mais dont la structure actuelle est de la moitié du XVIIIe siècle, avec des fresques de Vito D’Anna; l’église S. Maria in Valverde, dont l’intérieur fut rénové à la fin du XVIIe siècle en un baroque raffiné, avec un élégant portail latéral de Paolo Amato (1691), et à côté le clocher de 1730; le palais Niscemi-Statella di Spaccaforno, refait au XVIIe siècle, mais gardant un mur à arcades du XVIe siècle et le portail du XVIIIe siècle; le palais Requesens di Pantelleria du XVIIIe siècle; l’oratoire del Rosario di S. Domenico (de structure du XVIe siècle, mais refait au XVIIIe siècle), avec les fastueuses décorations stuquées de Giacomo Serpotta des années ’20 du XVIIIe siècle.
Et encore, l’église S. Giorgio dei Genovesi, l’un des exemples les plus intéressants de l’architecture du XVIe siècle à Palerme; l’église S. Maria la Nova, édifiée à partir de 1524, qui se ressent d’une multiplicité de styles, avec une galerie à arcades genre gothique catalan dans la partie inférieure, tandis que la zone supérieure, en style gothique, a été ajoutée au XIXe siècle; l’église S. Andrea du XVIe siècle, fondée au XIIe siècle par les Amalfitains et passée au XVIe siècle à la Confrérie des Aromatari (pharmaciens); l’église S. Nicolò Lo Gurgo, construite au XIVe siècle et rénovée au XVIIe siècle; le palais Coglitore, œuvre de la deuxième moitié du XVIIIe siècle de Giuseppe Venanzio Marvuglia, avec des fresques d’Elia Interguglielmi et Francesco Riolo; l’église S. Sebastiano, construite entre le XVIe et le XVIIe siècle; l’église della Madonna del Lume, projetée entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, avec façade néoclassique composée; l’église S. Eulalia dei Catalani, en pleine Vucciria, fondée au XVe siècle pour la communauté catalane, en style plateresque.
Au-delà de la via Roma, nous trouvons: l’oratoire S. Caterina d’Alessandria, avec les décorations stuquées de Procopio Serpotta (1719-24) et l’oratoire S. Filippo Neri tout près, projeté en 1769 par Giuseppe Venanzio Marvuglia; l’imposante église S. Ignazio all’Olivella, commencée à la fin du XVIe siècle, mais dont les travaux durèrent jusqu’à tout le XVIIe siècle, avec d’autres interventions au XVIIIe siècle; formulée selon des modèles du Baroque romain, elle a à l’intérieur d’importantes œuvres d’art, dont les peintures de Sebastiano Conca, Pietro Novelli, Guglielmo Borremans, Ignazio Marabitti. Annexé à l’église, dans l’ancien couvent des Pères Philippins, a son siège le Musée archéologique régional “Antonino Salinas”, l’un des plus riches d’Italie, renfermant, entre autres, les pièces provenant des fouilles de Sélinonte, Tindari et Solunto.
Dans la via Bandiera, ensuite: le palais Termine-Marassi di Pietragliata du XVIe siècle, avec des caractéristiques gothiques catalanes (restauré dans les années ‘30 du XXe siècle par Ernesto Basile); le palais Oneto di Sperlinga du XVIIIe siècle; le palais Pilo della Torretta, du XVIe siècle, reconfiguré au XVIIIe siècle, avec un grand portail à arc flanqué de colonnes; et le palais Lionti, du XVIe siècle, au coin se trouvait un putto de marbre soutenant un drapeau: d’où le nom de la rue. Aux alentours, le palais Ossada, de sa fondation originelle, du XVe siècle, reste une élégante fenêtre jumelée; l’église S. Gioacchino, projetée au début du XVIIIe siècle par Andrea Palma, avec une sévère façade baroque; le palais Sammartino di Ramondetta du XVIIe siècle avec un grand portail en ogive surbaissée; le monastère S. Maria delle Vergini, d’origine du XIVe siècle et réédifiée au XVIIe siècle, englobant les ruines de la Porta Oscura arabe; et le palais Bonanno di Castellana du XVIe siècle.
TRIBUNALI
C’est celui derrière le coin sud-est, délimité par les axes de la via Maqueda, du corso Vittorio Emanuele, de la via Lincoln et du Foro Italico, ainsi nommé par la présence du Steri, où avait son siège le Tribunal de l’Inquisition. Ce “mandamento” aussi, s’étant développé à l’époque médiévale et orné au XVIIIe siècle, a eu des dégâts dévastateurs pendant la dernière guerre, surtout dans la zone qui regarde la mer.
A son intérieur, il y a la Kalsa, le quartier arabe (da al Halisah, “l’élevée”) né comme résidence des nouveaux dominateurs, au-delà des deux anciens fleuves, le Kémonia et le Papireto. En montant par la Kalsa, le grand plan de la Marina ne fut pleinement integré dans le tissu urbain que lorsqu’en 1581, l’on réalisa le dernier prolongement du Cassaro; et l’ancienne citadelle des Emirs alla ainsi en se liant dans le temps, à travers un système rationnel de rues, à la zone des marchés dei Lattarini et della Fieravecchia; pour se relier à la partie basse du quartier juif, né au XVIe siècle et gravitant autour de piazza Meschita (du terme “moschita” avec lequel on indiquait la synagogue, née sur une ancienne mosquée), et de là au plan de l’Hôtel de Ville.
Une des zones les plus fascinantes de ce “mandamento” est la piazza Marina, au milieu de laquelle se trouve le Jardin Garibaldi, aménagé en 1861-64 par Giovan Battista Filippo Basile, avec une belle grille en fonte, fondue par la Fonderie Oretea, abritant un splendide exemplaire de Ficus Magnolioides, parmi les plus grands d’Italie. Tout autour, une série d’édifices importants, parmi lesquels on remarque le majéstueux palais Chiaramonte, dit “lo Steri” (de Hosterium Magnum), édifié en 1306 par une des familles les plus puissantes de la Sicile, agrandi et restructuré au cours des siècles, résidence royale, ensuite des vice-rois, Tribunal de l’Inquisition, tribunal et maintenant le siège du Rectorat, abritant un splendide plafond médiéval en bois.
Encore sur la place, le palais Notarbartolo di Villarosa, à l’imposante façade du XIXe siècle; le palais Galletti di S. Cataldo, d’origine du XVIe siècle, avec une belle façade néogothique de 1866; le palais Del Castello di S. Onofrio, d’origine du XVIIe siècle, ensuite transformé et devenu au début du XIXe siècle Hôtel de France, l’un des hôtels les plus renommés de la ville; le Palais dell’Intendenza di Finanza, dérivant de la transformation du milieu du XIXe siècle de l’Hôtel royal de la Monnaie (1699); l'église S. Maria dei Miracoli du XVIe siècle, à la façade Renaissance avec des décorations de Gagini; le palais Fatta, de structure du XVIIIe siècle, avec une belle terrasse à balustre; le palais Trabucco della Torretta de style baroque tardif. Un peu plus loin, dans la via del Merlo, il y a le palais Mirto, du XVIIe siècle mais restructuré au XVIIIe siècle et ensuite au XIXe siècle, l’un des exemples rares de palais nobiliaire resté presqu’intact dans sa structure et dans la décoration originelle, aujourd’hui le siège d’un musée régional très fréquenté.
Derrière la piazza Marina, dans la via Alloro et la via Lungarini donnent les plus beaux palais nobiliaires du Palerme du XVIIIe siècle, dont il n’en reste que quelques-uns, parmi lesquels le palais Paternò di Spedalotto et le palais Bonanno di Lungarini. Dans la via Alloro, dans le tronçon vers la mer, nous trouvons le palais Abatellis (1495), œuvre de l’architecte Matteo Carnilivari, avec un magnifique portail gothique catalan, des fenêtres trilobées et des sculptures dans la façade. C’est le siège de la Galerie régionale de la Sicile; parmi les plus belles œuvres d’art y étant gardées: le buste de marbre d’Eléonore d’Aragon par Francesco Laurana du XVe siècle; la gigantesque peinture avec le Triomphe de la Mort, œuvre anonyme de la moitié du XVe siècle; le célèbre tableau de l’Annunciata d’Antonello de Messine; et le précieux triptyque flamand avec la Vierge à l’Enfant de Jean Gossaert, dit Mabuse.
Parallèle à l’intérieur du Foro Italico, la via Butera commence de la piazza S. Spirito; le long de la rue, le palais Benso (XVIIIe siècle), jadis l’un des meilleurs hôtels de la ville, où séjourna Goethe en 1787; le palais Massa-Pojero du XVIIIe siècle, abritant le Musée international des Marionnettes “Antonio Pasqualino”; le splendide palais Branciforti di Butera, de structure du XVIIe siècle, avec vaste façade sur le Foro Italico; le palais Amato di Galati, d’origine du XVIIe siècle, dès la deuxième moitié du XIXe siècle propriété des princes Tomasi di Lampedusa; et ensuite, sur le prolongement, via Torremuzza: l’église S. Maria della Pietà, commencée en 1678 et achevée par Giacomo Amato en 1723, en un baroque typiquement romain avec à l’intérieur d’importantes œuvres d’art (toiles de Vincenzo da Pavia, G. Borremans, O. Sozzi, F. Manno, G. Serpotta); le palais Petrulla du XVIIIe siècle; l’ancien Noviziato dei Crociferi, avec l’église S. Mattia contiguë, commencés dans la première moitié du XVIIe siècle et avec d’importantes transformations au cours du siècle suivant, à présent le siège de la division municipale déléguée aux Vieux quartiers; le palais Lancellotto Castello di Torremuzza, entièrement reconfiguré au XIXe siècle, donnant le nom à la rue.
Sur la piazza Kalsa se dresse l’église S. Teresa, du début du XVIIIe siècle, projetée par Giacomo Amato, à l’imposante façade d’ascendance romaine. Sur la via dello Spasimo, se dresse l’oratoire della Compagnia dei Bianchi de la fin du XVIIe siècle, sur le lieu où – suivant la tradition – il y avait une des portes de la citadelle arabe, par où entra Robert Guiscard en 1072.
Plus loin, le complexe de S. Maria dello Spasimo: fondée en 1509 en style gothique tardif par les pères Olivétains et jamais achevée, au cours des siècles l’église a été bastion fortifié, magasin, théâtre public, lazaret; en 1520 on y plaça le Spasimo di Sicilia, peint exprès par Raphaël, et ensuite au Musée du Prado; au milieu du XIXe siècle, par l’adjonction de quelques corps, il fut hospice de mendicité et hôpital; après avoir été dépôt de matériel provenant des ruines de la guerre, depuis ’95 il a été restauré comme de fascinantes ruines romantiques. Plus loin, près de la vaste zone de piazza Magione, ravagée par les bombardements de la dernière guerre, il y a l’église normande SS. Trinità o della Magione, fondant styles arabes et nordiques, avec à l’intérieur des œuvres d’art du XVIe siècle et un beau cloître de l’ancien monastère cistercien; et sur la via Castrofilippo, le Théâtre Garibaldi (1861), inauguré par Garibaldi, puis abandonné et aujourd’hui en phase de réhabilitation.
En retournant sur la via Alloro, dans le tronçon oriental, se trouve la belle église S. Maria degli Angeli, dite la Gancia, dont les travaux commencèrent à la fin du XVe siècle; l’intèrieur, remanié à plusieurs reprises, a un plafond en bois à caissons du XVIe siècle et il est très riche en œuvres d’art; le palais Castel di Mirto Bonagia du XVIIIe siècle, dont il ne reste que le théâtral escalier; et le palais Naselli d’Aragona, transformé au XIXe siècle en hôtel (Hotel Patria).
La via Alloro se termine dans la piazza Croce dei Vespri, où l’on remarque le palais Valguarnera-Gangi (XVIIIe siècle), l’un des exemples les plus réussis de l’architecture sicilienne de l’époque, splendide dans l’escalier, dans les fresques et dans la décoration intérieure. A côté, le palais Lucchesi Palli di Campofranco, réédifié au XIXe siècle en style néogothique; sur la place – où se détache une petite colonne du XIXe siècle en souvenir de la Révolution des Vêpres (1282) – donne le palais Bonet du XVe siècle, qui au début du XVIIe siècle fut englobé dans le couvent S. Anna la Misericordia contigu, et aujourd’hui “délivré” après les travaux de restauration. A côté, sur la place du même nom, se trouve l’église S. Anna du même âge, avec une façade baroque mouvementée. Nous sommes au cœur du marché dei Lattarini (de l’arabe suq el Attarin, “marché des épices”), à la limite duquel s’ouvre une rue menant au Théâtre S. Cecilia, construit par l’Unione dei Musici en 1692.
En retournant dans la via Alloro, en amont, précédée de l’église S. Carlo dei Milanesi (1616), avec un intérieur raffiné en marbres polychromes, s’ouvre la piazza Rivoluzione, avec la fontaine de la fin du XVIe siècle du Génie de Palerme (ou Vecchio Palermo); le Génie est représenté en une tenue digne d’un roi pendant qu’il allaite un serpent, selon une iconographie présente dans d’autres statues semblables (dans le Palais municipal, dans la piazzetta del Garraffo, dans la fontaine de Villa Giulia); la devise qui normalement accompagne l’image du Génie est Alios nutrit, suos devorat, symbolisant la générosité de Palerme à l’égard des étrangers et l’hostilité envers ses enfants (d’après d’autres, c’est la personnification du dieu grec Kronos dévorant ses enfants).
La Piazza Rivoluzione – ainsi dite car y éclata la révolte antibourbonienne de 1848, la première révolution contre la tyrannie des peuples européens – était précédemment appelée piazza della Fieravecchia, depuis le Moyen Age le siège d’une foire pour la vente du bétail; y donnent le palais Naselli-Flores du XVIIIe siècle et le palais Scavuzzo du XVIe siècle, avec un portail de tradition gothique catalane. Par cette place, on entre dans la via Garibaldi, où se trouvent le palais Burgio di Villafiorita du XVIIIe siècle et surtout le magnifique palais Ajutamicristo, de la fin du XVe siècle, œuvre de l’architecte Matteo Carnilivari, qui eut des agrandissements et des décorations au XVIIIe et au XIXe siècle. De l’autre côté de la place Rivoluzione, sur la via Alessandro Paternostro (jadis via dei Cintorinai, c’est-à-dire des artisans du cuir) donne le palais Bonanno della Cattolica (début du XVIIIe siècle), avec deux suggestives cours intérieures, et s’ouvre piazza S. Francesco d’Assisi, avec deux fontaines du XVIIIe siècle et la magnifique église S. Francesco d’Assisi, édifiée entre 1266 et 1277: la façade est de style roman, tandis qu’au cours du temps l’intérieur a eu plusieurs transformations, de la Renaissance au XVIIIe siècle, et il abrite de très nombreuses œuvres d’art, dont des chefs-d’œuvre d’Antonello et Domenico Gagini, de Francesco Laurana et d’Ignazio Marabitti. Le long de l’étroite rue à côté de l’église, l’oratoire dell’Immacolatella, du début du XVIIe siècle et rénové le siècle suivant, riche en stucs élégants; et tout de suite après, l’oratoire de St-Laurent, dont la salle, projetée par Giacomo Amato au XVIIe siècle, jouit d’un extraordinaire cycle sculptural, chef-d’œuvre de Giacomo Serpotta; s’y trouvait la célèbre Nativité de Caravage, volée en 1969. Aux alentours, dans la via Merlo, le palais Merlo di S. Elisabetta, d’origine du XVIIe siècle.
Sur le front de mer du Foro Italico, se déroule la coulisse représentée par les façades des palais Branciforti di Butera, Amato di Galati, Petrulla, del Noviziato dei Crociferi et de palais Forcella (puis De Seta), construit en 1832 en style éclectique, sur son bastion se trouve la Porta dei Greci de la fin du XVIe siècle; devant, le monument à Vincenzo Florio (1875). Au début de la promenade sur la mer (jadis Strada Colonna), sur la courtine située au-dessus, dans la première moitié du XIXe siècle fut construite la Passeggiata delle Cattive (ou Mura delle Cattive) – ainsi nommée puisque c’était le lieu écarté où habituellement les veuves se promenaient (de captivae, c’est-à-dire “prisionnières” du deuil) avec vaste escalier d’entrée par la piazzetta S. Spirito; toujours le long du Foro Italico l’on remarque le Palchetto della Musica (1846) néoclassique.
Par Christopher Heard
Située sur la côte nord de la Sicile, Palerme est probablement la capitale gastronomique de l'île, elle-même reconnue comme le berceau de la cuisine italienne. Au fil des siècles, Palerme s'est imprégnée de diverses cultures (celle des envahisseurs successifs), et il n'est pas rare de voir, dans un même édifice, une architecture qui amalgame à la fois l'héritage maure (XIe siècle), normand (XIIe siècle) et gothique (XIIIe siècle). La cuisine palermitaine est également un délicieux reflet de ces différentes influences.
Pour dénicher les bons restos…
Un conseil: en Sicile, plus le coin où vous vous trouvez est quelconque, plus vous avez de chances d'y trouver un restaurant au style raffiné. Et c'est particulièrement le cas de Palerme, où de véritables petits jardins de délices culinaires sont cachés dans des ruelles, ou au sous-sol d'un immeuble tellement banal qu'on ne le remarque pas. Pour accéder au Ristorante Cin-Cin, par exemple, il faut d'abord trouver l'escalier qui y mène, puis en descendre la volée de marches; pourtant, il est situé en plein cœur de la ville, à quelque pas seulement du majestueux théâtre Politeama. La Cucina Papoff, dans le même quartier, occupe un immeuble plus imposant, mais dans une toute petite rue où l'on a peu de chances de se retrouver par hasard. Il faut donc chercher, mais les trouvailles valent largement l'effort.
Ristorante Cin-Cin: Via Manin 22, 091 6124095
Cucina Papoff: Via Isidoro La Lumia 32, 091-586460
La cuisine
Palerme est un port important; pas surprenant, donc, que poissons et fruits de mer – thon (tonno), rouget (triglia) ou espadon (pesce spada), par exemple – soient omniprésents dans sa cuisine. Et, comme les gens de la région affirment que c'est là qu'ont été inventés les maccheroni, on doit s'attendre également à y trouver des pâtes fraîches à profusion. Rendez-vous au marché de la Vucciria, près du port, et vous comprendrez instantanément l'énorme influence des cultures arabe et africaine sur la ville et sa gastronomie.
Le Cin-Cin et la Cucina Papoff s'enorgueillissent tous les deux de perpétuer les traditions régionales. On y apprête donc poissons, fruits de mer, agneau et bœuf dans un style baroque où sont présentes les délicates saveurs (pistache, radicchio, fenouil, orange, menthe) que prisait la noblesse sicilienne du XIXe siècle. D'ailleurs, pour mieux vous vous imprégner de l'ambiance de cette époque, nous vous recommandons de visiter, avant le repas, la Villa Trabia ou le Palazzo Mirto, deux des superbes demeures de la ville ouvertes au public.
Si la cuisine sicilienne contemporaine vous intéresse, faites alors une petite balade à l'extérieur de la ville. Au Il Mulinazzo (à 45 minutes en voiture du centre-ville), des mets typiques de la cuisine paysanne comme le macco (une purée de fèves) se marient de façon étonnante aux scampi (langoustines). Au Il Ristorantino, du célèbre chef Pippo Anastasio, le menu offre des plats aussi simples (mais sublimes) que l'espadon grillé, tout autant que des créations recherchées comme les raviolis fourrés à l'aubergine ou les tortellinis au homard servis avec tomates cerises épicées et œufs de thon fumés.
Il Mulinazzo: SS121, Località Bolognetta Nord, Villafrati, 091-8724870
Il Ristorantino: Piazzale Alcide De Gasperi 19, Resuttana, 091-512861
Ah, les desserts!
Que vous optiez pour la cuisine traditionnelle ou contemporaine, assurez-vous d'avoir encore faim une fois rendu au dessert. On peut l'affirmer sans ambages: les Siciliens adorent leurs desserts. D'ailleurs, selon la légende, c'est en découvrant et en utilisant la neige de l'Etna, le célèbre volcan sicilien, que les Romains auraient inventé la crème glacée. Palerme est le berceau des cannoli (une pâtisserie faite d'un rouleau de pâte frite fourré de ricotta sucrée) et de la cassata (un riche gâteau mousseline). Et les plus fins amateurs affirment que personne ne réussit mieux ces divins desserts que Capricci di Sicilia; toutefois, vous pouvez vous en assurer vous-même en faisant d'abord le tour des pâtisseries de la ville pour en goûter et en évaluer les ivresses versions. Palerme est aussi réputée pour une autre de ses spécialités, le gelo di melone (une gelée de melon garnie de chocolat et de pistaches), un dessert estival qu'on trouve rarement hors de la région.






























La Province de Palerme (Pruvincia di Palermuen dialecte sicilien) a 1.241.241 habitants, elle s’étend sur une superficie de 4.992 km² et compte 82 communes. Elle s’ouvre au nord sur la Mer Tyrrhénienne, à l’ouest elle longe la province de Trapani, au sud la province d’Agrigente et la province de Caltanissetta, à l’est la province de Messine et la province de Enna. L'île de Ustica appartient au territoire provincial.
Palerme, la ville la plus antique parmi celles qui survivent fut le chef lieu de ce qui était alors Panormus (tout port) qui fut fondée par les phéniciens qui en firent la base importante pour le commerce maritime dans le bassin méditerranéen. Panormus subit ensuite l’influence grecque et la domination romaine, mais se furent les arabes qui lui restituèrent ses antiques splendeurs. La ville fut désignée capitale de l’émirat de Sicile, de splendides mosquées y furent construites, de magnifiques fontaines y furent réalisées ainsi que d’amples places et voies, dont aujourd’hui en demeurent les traces indélébiles dans la toponymie palermitaine. Elle passa ensuite sous domination byzantine et arabe, qui laissa une influence profonde dans l’art sicilien.
Par la suite, la ville connut des périodes normande et suève a, au cours de laquelle le roi Roger II rejoignit l’apothéose de la splendeur, et elle fut la capitale du Royaume de Sicile. Palerme devint le pôle culturel du bassin méditerranéen : d’abord avec Roger, qui y appela les intellectuels, ensuite avec Frédéric II de Suève, qui fonda l’école poétique sicilienne plaçant la Sicile à un niveau culturel jamais plus atteint: au "Notoire" de Frédéric, Giacomo da Lentini, est attribuée l’invention du sonnet, alors que le Chansonnier Sicilien, dont Dante a chanté les louanges dans le De Vulgari Eloquentia comme exemple grandiose de poésie lyrique, donna vie à la première langue littéraire italienne, qui imprégna prfondément toute la tradition linguistique successive, de Guittone à Dante, de Pétrarque et Bocaces et Pietro Bembo aux écrivains modernes.
La zone palermitaine occupe une partie importante du secteur nord occidental de la Sicile : à partir du chef lieu, qui s’élève à l’ouest de la province, le territoire palermitain s’étend jusqu’à Pollina, dernière commune côtière avant la frontière avec la province de Messine ; la zone s’étend également de façon considérable à l’intérieur des terres, il suffit de penser que les Madonie font partie de la province.
D’un point de vue topologique, le territoire est constitué de collines et de monts: en arrière des étroites plaines côtières, dont la célèbre Conque d’Or où s’élève Palerme, s’ouvrent d’amples zones montagneuses, aussi bien à l’est qu’à l’ouest, avec de nombreux sommets qui dépassent mille mètres d’altitude et tant de localités de montagne et de haute colline.
On y trouve différentes zones naturelles protégées qui revêtent un intérêt écologique ; parmi elles, un endroit d’importance est le Parc des Madonie ; viennent ensuite la Réserve naturelle Bosco della Ficuzza, Rocca Busambra, Bosco del Cappelliere et Gorgo del Drago qui contient le bois le plus étendu de la Sicile occidentale, la Réserve naturelle Monte Pellegrino, la Réserve naturelle Capo Gallo, entre Mondello et Sferracavallo; la Réserve naturelle Isola delle Femmine, l'Aire naturelle marine protégée Capo Gallo, la Réserve naturelle marine Ile de Ustica;la Réserve naturelle Capo Rama, la Réserve naturelle Grotta di Entella, la Réserve naturelle Serre della Pizzuta, située près de Piana degli Albanesi, la Réserve naturelle Monti di Palazzo Adriano et Valle del Sosio, la Réserve naturelle Bosco di Favara et Bosco Granza.