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Carpi, ville qui compte plus de 60.000 habitants, se dresse au centre de la plaine du Pô et on peut y arriver facilement aussi bien de l'Autoroute du Soleil (A1 ) que de l'autoroute du Brenner (A22). Non seulement il s'agit d'un centre animé d'activités industrielles et artisanales ainsi que d'échanges culturels et commerciaux, mais c'est aussi une ville qui garde un patrimoine artistique considérable enrichi de témoignages d'époque médiévale et notamment de la renaissance. Bien que des présences de vie organisée remontent déjà à l'âge du bronze, le premier noyau d'habitation à caractère urbain, s'étant développé tout autour de la paroisse de Santa Maria in Castello (La Sag ra), ne se dresse qu'au VIII e siècle sous la domination lombarde.

Depuis la fin du X e siècle le fief de Carpi est gouverné par différentes familles, parmi lesquelles les Canossa et les Bonaccolsi, en devenant à partir de 1331 pendant deux siècles de la propriété stable de la famille des Pio. C'est la période de plus grande splendeur pour Carpi: en effet la ville devient importante en assumant un aménagement urbaniste, encore reconnaissable dans la cité actuelle, grâce à la disposition du Palais et à la construction de la Cathédrale et de l'église de S. Nicole. C'est-là l'empreinte du style Renaissance de la ville qui frappa l'allemand Hans Semper, historien d'art et homme d'étude qui découvrit fortuitement Carpi à l'occasion d'un voyage en Italie. Le début de ces activités qui ont permis à Carpi d'être aujourd'hui l'une des principales zones industrielles italiennes dans le secteur Textile Habillement ainsi qu'un pôle mécanique considérable, remonte â la période successive, aux événements du Risorgimento, au cours de laquelle démarre un important développement économique et industriel (station ferroviaire, théâtre, premières installations industrielles) qui est au sommet de la gloire après les deux guerres, notamment en ce qui concerne l'activité artisanale et industrielle dans les secteurs de l'agriculture, du textile et de la mécanique. fin du Moyen Age (à noter les éléments d'influence gothique des façades), auquel fut donnée une uniformité décorative aux débuts du XVI e siècle. Après l'interruption au niveau de la rue Berengario suit, ce qui crée une continuité visuelle, le Portique du Blé. Bâti dans la première décennie du XVI e siècle, probablement d'après un projet de Baldassarre Peruzzi, il logeait jusqu'à la moitié du XIX e siècle la Gabelle des blés. Sur le côté oriental de la place se dresse l'ensemble du Palazzo dei Pio, dit communément "Castello", se composant d'édifices datables entre l'âge médiéval et le XVIII e siècle. Le vieux château {castrum), documenté déjà à partir du X-Xl e siècle, est modifié et agrandi dans le courant des siècles avec la construction de rocs, tours et tourelles, jusqu'à la transformation définitive en une demeure princière grâce à Alberto III Pio aux débuts du XVI e siècle. L'édifice le plus vieux de l'ensemble donnant sur la place c'est la Torre dei Passerino (1320), située près de l'angle nord, avec des crénelures gibelines (refaites) et dirigée suivant les quatre points cardinaux comme il est des tours de repérage. C'est à une époque successive que remontent l'édifice rond de laTorre dell'Uccelliera (1480), originalement tourelle d'angle, ensuite transformée par Alberto III en nymphée avec volière (d'où le nom) et le Torrione degli Spagnoli (Grosse Tour des Espagnols)ou de Galasso (1450), tour rectangulaire imposante obtenue de l'union de deux édifices précédents. La Rocca Vecchia (Vieille Forteresse) (1460) qui donne sur l'esplanade Re Astolfo (à l'heure actuelle siège des Archives historiques de la Municipalité) et la Rocca Nuova (Nouvelle Forteresse) (1375) à nord furent reliées au restant grâce à Alberto III Pio avec la construction de la Cour d'honneur s'inspirant du Brahmanisme (1504) et celle de la façade majestueuse sur la Place des Martyres originalement peinte à fresque dans la zone des niches. Par contre c'est à la période d'Esté que remontent la réalisation du côté nord de la façade (1582/89) et la construction de la Tour de l'Horloge (1625/27), au centre de l'édifice, projetée par Guido Fassi. Sur la place, à côté du Palazzo dei Pio se situe le Théâtre Municipal, inauguré en 1861 et réalisé en style néoclassique d'après un projet de Claudio Rossi. L'intérieur fut décoré par des ouvriers de Modena et de Reggio Emilia avec des motifs d'ascendance baroque. Le rideau réalisé par Giuseppe Ugolini en 1861 avec "Orphée et les Muses" est célèbre. Opposé au Portico del Grano (Portique du Blé), le Palais Municipal, dressé en 1780 sur l'emplacement d'une vieille tourelle de la citadelle d'après le projet de Luigi Giorgini, ferme à entonnoir le côté sud de la place. En 1825 il fut cédé par la famille Sacchetti à la communauté et depuis lors c'est le siège de la mairie.

Basilique Cathédrale de l'Assomption

La Cathédrale ferme sur le côté nord la Place des Martyres. Elle se compose d'un plan à trois nefs avec transept et coupoles qui s'inspire du projet de Raffaello pour la Basilique de Saint Pierre à Rome. Commencée en 1515 grâce à Alberto m Pio, elle fut reprise par plusieurs phases et graduellement complétée dans les siècles qui ont suivi. Des traces dans la spatialité intérieure et dans la zone absidale subsistent du dessin d'origine, alors que la façade (1627-1677) propose à nouveau des motifs baroques intégrés par d'autres interventions aux débuts du vingtième siècle. La coupole fut élevée dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle et aussitôt modifiée. La décoration picturale intérieure dans le style de la Renaissance fut réalisée entre 1873 et 1893 par des peintres locaux.

L'église de La Sagra

Fondée suivant la tradition en 752 par Astolfe, roi des Lombards dans le XII e siècle, elle fut reconstruite suivant le style roman par Mathilde de Canossa. Le nom ("Sagra") dérive de la consécration de l'église ayant eu lieu en 1184 de la part du pape Lucius III. La façade fut réalisée en 1515 d'après le projet de Baldassarre Peruzzi, quand la paroisse médiévale fut réduite aux dimensions actuelles au gré du pape Alberto III Pio. Le Portique, récupéré par la vieille paroisse, est l'œuvre d'une école de Guillaume Le Grand du XII e siècle. A l'intérieur les fresques datables entre le XIII e et le XV e siècle, l'ambon de marbre (XII e siècle) et le sarcophage de Manfredo Pio (XIV e siècle) sont du plus grand intérêt. Le clocher, à côté de la zone absidale de la vieille église, fut construit suivant les canons romans entre 1217 et 1221.

L'église de Saint Nicole

L'église de la Renaissance fut réalisée sur une église précédente entre 1493 et 1520 au gré du Pape Alberto III Pio. Sa façade présente un portique qui la relie au proche couvent franciscain et, vers le côté est, au centre de la ville. La structure de l'église, à l'origine à plan central, fut modifiée en ajoutant des nefs pouvant être attribués au projet de Baldassarre Peruzzi. La décoration picturale intérieure de l'époque du XVI e siècle subit d'importantes réfections dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. A l'intérieur il est possible d'admirer des œuvres picturales du dix-septième siècle ainsi que des devants d'autel en plâtre fin de grande valeur.

Les Musées du Palazzo dei Pio

Les Musées de la ville logés à l'intérieur du Palazzo dei Pio, se composent du: Musée civique, Musée de la Xylographie, Musée Monument au Déporté, une section archéologique et une section ethnographique.

Le Musée Civique, inauguré en 1914, a été rouvert en 1998 avec un nouvel agencement et présente non seulement les fresques du XVI e siècle de l'appartement noble et notamment de la Salle des Maures et de la Chapelle, mais aussi les ûuvres les plus intéressantes des collections: des devants d'autel en plâtre fin de Carpi (XVII-XV1II) aux peintures de Vincenzo Catena et Bemardino Loschi (XVI e siècle), de Mattia Preti, Palma il Giovane et des émiliens Scarsellino, Sigismondo Caula et Bonaventura Lamberti (XVII e siècle). A l'entresol du palais, à l'intérieur des salles des Muses et des Lis, précédées à leur tour par la Salle des Cerfs et par celle des Ecussons, est logé le Musée de la Xylographie, fondé en 1936 par Luigi Servolini et constituant une réalité unique en Italie et en Europe. Avec les feuilles de Ugo da Carpi, le pressoir et les types en bois de l'ancienne imprimerie municipale, il présente des xylographies d'artistes du vingtième siècle.

La section archéologique, accessible de la courette interne sur la Cour d'honneur, a été réalisée en 1995 avec une fonction didactique. Des matériaux datables de l'âge du Bronze (XVI e siècle avant Jésus-Christ) jusqu'à l'époque lombarde retrouvés dans le territoire de Carpi y sont exposés. Les pièces concernant la civilité des Terramare et la colonisation romaine, témoignée par la centuriation et par les nombreuses ruines de villas urbaines-rustiques sont du plus grand intérêt. La section ethnographique, centre d'étude et de documentation des mœurs et des traditions locales, ne dispose pas à l'heure actuelle d'un emplacement d'exposition.

 

Musée Monument au Déporté

Le Musée au Monument au Déporté, inauguré en 1973 a été créé dans le but de rappeler l'horreur de Ta Déportation nazie, sa conception a été confiée à l'étude milanaise BBPR (se composant des architectes Belgioioso, Banfi, Peressut et Rogers) en collaboration avec Renato Guttuso. La visite se développe à travers treize salles avec des parois crépies sur lesquelles sont gravées des phrases tirées des lettres des condamnés à mort de la résistance européenne et des graphites sur le thème de la déportation réalisés par des dessins d'artistes contemporains tels que Longoni, Guttuso, Picasso, Cagli et Léger. Le parcours se termine par la Salle des Noms, aux parois desquelles sont gravés les noms de plus de quatorze mille italiens déportés dans les camps d'extermination. Dans la cour extérieure sont placées seize stèles en ciment, sur lesquelles ont été gravés les noms de quelques camps de concentration nazis.

A quelques kilomètres subsistent les ruines de l'ex Camp de concentration de Fossoli. Fondé en 1942 par l'autorité militaire italienne comme camp pour les prisonniers de guerre destinés à l'internement d'officiers et sous-officiers de l'armée britannique capturés dans l'Afrique du Nord, à partir de Septembre 1943 il est occupé par les nazis. Depuis janvier 1944 il est géré directement par les S.S. et utilisé comme camp de transit (Polizei und Durchganslager) pour les prisonniers politiques et raciaux capturés en Italie et destinés aux camps de concentration et d'extermination. Primo Levi aussi se trouva parmi les plus de 5.000 prisonniers déportés à Fossoli. En 1944, fermé pour des raisons de sécurité et transféré près de Bolzano, le Camp est réutilisé comme centre de rassemblement et de triage de la main d'œuvre à envoyer en Allemagne. Dans l'après-guerre l'ex Camp de Fossoli recevra la première communauté de Nomadelfia et successivement, jusqu'aux années 60, les réfugiés de la Vénétie Julienne et dalmates. Actuellement, après des décennies d'abandon, non seulement il est possible de visiter en partie la zone et ses structures, mais celles-ci font aussi l'objet de projets de récupération.