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CHATEAU DE CASTIGLIONE

La montée vers le point panoramique de Castiglione est sans doute l'une des plus satisfaisantes, ne serait ce qu'en raison du plaisir que procurent les spectaculaires panora­mas qui s'ouvrent vers les Faraglioni et sur les habitations de Capri qui émergent du riche maquis méditerranéen, merveilleusement disposées en amphithéâtre le long des pentes de l'enseilement naturel qui sépare la Marina Gran­de de la Marina Piccola.

Cette agréable excursion permet aussi d'observer dans leur intégralité, les types de constructions d'empreinte médié­vale qui constituent l'un des éléments les plus caractéristi­ques et significatifs de l'ancien tissu urbain du centre his­torique de Capri. Le château de Castiglione, tel qu'on le voit aujourd'hui, se présente sous les traits que lui ont conférés une restructuration et une restauration portées à terme à une époque relativement récente. Les imposants bastions crénelés et les tours de renforcement massives et carrées, surmontées à leur tour par un couronnement de créneaux, s'élèvent sur le sommet du pic rocheux. Celui-ci, sur le côté donnant sur la mer, domine, avec des ro­chers escarpés et nus, ouverts par la gigantesque grotte de Castiglione, tandis que sur le côté donnant sur la Char­treuse de San Giacomo, il se présente revêtu d'un maquis touffu et verdoyant, où s'insèrent quelques magnifiques et typiques résidences de Capri.

Le château de Castiglione était à l'origine une structure médiévale, qui s'élevait sur l'emplacement d'une ancienne acropole grecque. Pendant les nombreuses incursions de pirates, le manoir constitua un bastion défensif efficace pour l'île, même si une grande partie de la population civile avait l'habitude de se réfugier dans la Grotte de Castiglione. Celle-ci était un site préhistorique dès le néoli­thique; les Romains en firent une nymphée reliée à une Villa Impériale qui se trouvait juste au-dessus d'elle, et dont il ne reste aujourd'hui que de rares vestiges en opus reticulatum. Cette grandiose villa qui a été construite sur les pentes septentrionales de Castiglione, a été mise au jour vers la fin du XVIIIème s. par l'archéologue autri­chien Norbert Hadrawa. 11 semble que les nombreuses pièces, dissimulées plus tard par de malheureux travaux de comblement, aient fourni un très grand nombre de pré­cieux et intéressants vestiges, parmi lesquels des pave­ments en mosaïque et en marbre, des fresques et des dé­cors en stuc, que l'on a cepedant dispersés et perdus en partie, à la suite des spoliations opérées par Hadrawa en personne.

 

Villa Jovis

Les vestiges imposants d'une grandiose villa romaine de la période impériale se dressent au-dessus du haut plateau qui culmine au mont Tiberio (335 m). Celle que l'on a identifiée avec la plus importante des divinités de l'Olym­pe est sans doute la plus représentative et la plus grande parmi le nombre considérable de villas érigées à Capri à l'époque d'Auguste et de Tibère. Une tradition écrite qui nous est rapportée par Tacite attribuerait au successeur d'Auguste l'édification de 12 résidences impériales vouées au culte des Dieux Conseillers (Jupiter, Apollon, Neptu­ne, Mars, Vulcain, Mercure, Junon, Minerve, Vénus, Vesta, Cérès, Diane).

A partir du centre de Capri, en parcourant d'abord la rue Sopramonte et en empruntant ensuite la rue Tiberio qui arrive à la rue Moneta, on rejoint facilement le lieu où se dresse la villa. Ce parcours se développe le long d'une pente douce et continue, caractérisée par d'étroites ruelles flanquées de beaux jardins, de parcs, de résidences et de potagers; ici et là, s'ouvrent des vues enchanteresses vers Capri et ses toits, ces derniers étant ravivés par les archi­tectures typiques et insérés dans la blancheur éblouissante des maisonnettes.

Peu avant les ruines de la Villa Jovis, sur la droite, s'élè­vent les restes tronqués d'une autre tour romaine. C'est ici que se dressait autrefois la Tour du Phare, un ancien sé­maphore utilisé pour les signaux envoyés au moyen de feux ou de fumées. Pendant le séjour de Tibère à Capri, cette structure eut une importance fondamentale, dans la mesure où elle permit à l'empereur d'avoir des contacts quotidiens avec la terre ferme, par le biais d'un phare situé sur l'autre rive, à la Pointe Campanella, à l'extrémité de la péninsule de Sorrento. C'est ainsi que Tibère pourvut aux destinées de l'empire pendant les dernières années de son règne tourmenté. A partir de cette même tour, on établis­sait des laisons avec le phare lointain du cap Misène, dans la rade duquel était ancrée la flotte impériale. Par une curieuse coïncidence, la Tour du Phare fut détruite par un séisme peu de temps avant la mort de Tibère; restaurée et restructurée, elle a été utilisée comme un phare pour faci­liter la navigation jusqu'au XVlIème s. On a beaucoup parlé de la figure de Tibère en attirant l'attention plus sur les vices et la perversité qu'on lui attri­buait, que sur ses vertus ou ses qualités de régisseur des destinées de l'empire sans fin de Rome.

Il nefaut pas oublier que beaucoup d'anecdotes, vraies ou sup­posées telles, qui se réfèrent au successeur d'Auguste, constituent le fruit du récit d'auteurs nettement partisans ou particulièrement hostiles à Tibère. Il convient donc de réfléchir, en séparant le bon grain de l'ivraie, sur les terri­bles punitions que celui-ci infligea aux familles et aux ser­viteurs retenus infidèles, sur les exécutions capitales aux­quelles on procédait en précipitant ses ennemis dans l'hor­rible gouffre connu aujourd'hui sous le nom de Saut de Tibère, ainsi que sur les égorgements de jeunes hommes et de jeunes filles, perpétrés dans l'obscurité complice de la Grotte Bleue, au terme de jeux erotiques licencieux, avec des personnes appartenant aux deux sexes. A ce propos, Axel Munthe écrivait textuellement (La Storia di San Mi­chele, Garzanti Editore, 1940): «... Quant à la sinistre tradition de Tibère, transmise à la postérité dans les Anna­les de Tacite, détracteur de l'humanité, comme l'a appelé Napoléon, j'ai dit à Lord Dufferin que l'histoire n'avait jamais commis de plus grande erreur que lorsqu'elle avait condamné ce grand empereur, en se fondant sur le témoi­gnage de son principal accusateur. Tacite est un splendide écrivain, mais ses Annales sont des romans historiques et non de l'histoire... Le fait que Tacite lui-même ne croyait pas aux orgies de Capri apparaît évident dans le récit, puisqu'il ne diminue en rien sa conception générale de Tibère vu comme un grand empereur et comme un grand homme, d'un caractère admirable et très estimé, pour em­ployer ses propres mots. Même son élève Suétone, beau­coup moins intelligent, nous rapporte ces histoires vulgai-

res, tout en faisant observer que si on peut encore admet­tre qu'elles peuvent être racontées, elles ne peuvent, au contraire être prises en considération... Tibère avait soixante dix-sept ans quand il se retira à Capri avec une réputation intacte de vie sévère et morale, qui n'avait mê­me pas été attaquée par ses ennemis. Le diagnostic possi­ble d'une sombre démence senile est à exclure, puisque tous les historiens affirment que le vieil homme était en possession de toutes ses facultés mentales et de toute sa vigueur physique jusqu'à sa mort à l'âge de soixante-dix-huit ans. De plus, le courant de folie qui traversait la branche de Julien n'existait pas dans celle de Claude. Sa vie sur l'île fut celle d'un vieux solitaire, d'un roi fatigué d'un monde ingrat, d'un sombre idéaliste au coeur brisé et amer (aujourd'hui, nous pourrions aller jusqu'à l'appeler hypocondriaque), mais à l'intellect magnifique et à l'esprit fin et rare qui avait encore confiance dans l'humanité. Il ne faut pas s'étonner s'il méfiait de ses contemporains et s'il les détestait, parce que presque tous les hommes et femmes à qui il avait fait confiance l'avaient trahi...». Le noyau principal de la Villa Jovis ou Palais de Tibère, se dresse sur le sommet de l'un des contreforts les plus à l'Est de Capri, dans un décor d'une inénarrable valeur au ni­veau du paysage et des panoramas. Au-dessus des ruines s'élève la petite église S. Maria del Soccorso qui a pris la place d'un ancien lieu de culte médiéval, dédié à Saint Christophe et à Saint Léonard. Non loin de l'église, on trouve une statue reproduisant la Madone avec l'Enfant, et d'où le regard peut embrasser l'île tout entière et un horizont infini qui va de la lointaine Ischia au golfe napo­litain surmonté par le profil caractéristique du Vésuve, jusqu'à la pointe Campanella et à l'ample golfe de Salerne.

Le corps central de ces anciennes constructions romaines tourne autour du grandiose ensemble des citernes, qui ser­vait à approvisionner en eau toute la Villa, en recueillant dans de grands impluvium les eaux de pluie. Tout autour se déroule la théorie des diverses pièces qui ont été mises au jour, et qui occupe une superficie estimée à plus de 7000 m 2; mais on pense que la Villa Jovis avec toutes ses annexes et ses dépendances recouvraient une superficie bien plus vaste. Les restes des murs sont particulièrement intéressants, car ils mettent en évidence des traits réalisés parfois en opus reticulatum, et parfois en opus incertum, tandis que les pavements présentetn souvent un recours à l'arête de poisson (opus spicatum ). A côté des citernes, on trouve la maison impériale par laquelle on rejoint la Loggia impériale. Cette dernière, pourvue d'un triclinium et d'exèdres, constituait le lieu préféré de Tibère pour ses promenades. Une autre grande partie de la villa est consti­tuée par le Bain, qui propose la classique répartition des constructions thermales romaines: Apodyterium (spolia-rum), Frigidarium, Tepidarium, Calidarium. A côté de l'église S. Maria del Soccorso, juste à la limite des rochers escapés qui tombent à pic sur la mer, on peut voir les restes de ce qu'on appelle improprement Nymphéa.

 

 

GROTTE BLEUE

Dire Grotte Bleue, c'est évoquer l'une des images touristi­ques de Capri par excellence. Cette cavité karstique, avec ses célèbres Faraglioni, a contribué à répandre le mythe touristique de l'île dans le Monde. La manière la plus traditionnelle et la plus suggestive pour effectuer cette ex­cursion, qu'il ne faut absolument pas manquer quand on visite Capri, c'est de s'embarquer à Marina Grande sur l'un des nombreux bateaux touristiques, barques ou ve­dettes qui effectuent le service de transport. La visite de la Grotte Bleue, qui ne peut s'effectuer qu'en présence de conditions météorologiques et marines plus que satisfai­santes, est conseillée le matin, pour jouir encore mieux des extraordinaires jeux de lumière qui reflètent des merveilles chromatiques d'un charme et d'une suggestion inénarra­bles.

La Grotte bleue, autrefois connue et appréciée des Ro­mains, tomba dans un oubli et un abandon complets et il se créa autour d'elle un halo de peur, de mystère et de superstition, amplifié dans l'esprit des habitants de l'île qui avaient la convinction qu'elle était le lieu de rencontre de sorcières, et le repaire de créatures monstrueuses. Mais il est très probable que l'accentuation des phénomènes bradysismiques avait en réalité presque obstrué l'entrée. Mentionnée par les chercheurs et les cartographes au XVIIème s., elle fut redécouverte en 1826 par deux hardis voyageurs allemands, l'écrivain A. Kopisch et le peintre E. Fries. A l'extérieur de la grotte, au cours de la longue attente

pour accéder au travers de l'étroit passage, il est possible d'observer les vestiges de la Villa de Gràdola. Cette derniè­re, connue également comme Villa de Gradelle, est une construction romaine d'importance secondaire, si on la rapproche a ec d'autres témoignages plus importants de l'époque in pénale. Pendant un certain temps, elle donna son nom à la grotte, avant que cette dernière ne prenne l'actuelle dénomination qui sublime ses dominantes chro­matiques. Toutefois, la prédominance particulière qu'ac­quiert dans ce contexte territorial la bien plus célèbre rési­dence impériale de la Villa de Damecuta, appuie l'hypo­thèse selon laquelle la grotte bleue était vouée par les Ro­mains à une fonction de nymphée marine. Cette affirma­tion est confirmée par la présence de travaux de maçonne­rie de l'époque romaine à l'intérieur de la Grotte et par la découverte de sculptures submergées par le bradysisme et dégradées par le processus de corrosion des eaux saumâ-tres. Aujourd'hui, ces statues sont exposées à l'intérieur du musée de la Chartreuse San Giacomo. L'atmosphère de séduction magique à l'intérieur de la Grotte Bleue est déterminée par les reflets bleutés de la réverbération de la lumière qui pénètre par l'étroit passage d'accès, tandis que l'extraordinaire transparence bleu co­balt est due à la lumière diffuse sous le miroir des eaux qui filtre par une ouverture sous-marine. Cette dernière cons­tituait selon toute probabilité l'accès à une importante cavité, qui s'effondra pendant d'anciens bouleversements tectoniques.

ANNA CAPRI

lEtendue de manière splendide sur la douce pente qui des­cend des versants abrupts du mont Solaro, le deuxième centre de l'île s'élargit comme une tache d'huile sur un vaste plateau cultivé avec abondance, dans un cadre d'une surprenante beauté méditerranéenne. Il s'agissait sans doute d'un site de hauteur pendant la période hellénistique et il fut privilégié par les Romains qui y construisirent de nombreuses villas et résidences, et apprécié et fréquenté par Tibère qui y fit de nombreux séjours dans la villa impériale de Damecuta; il fut choisi comme résidence par l'illustre humaniste et médecin suédois Axel Munthe qui, dans son Histoire de Saint Michel, a admirablement trans­mis à la postérité l'image onirique de cette île enchantée. Aujourd'hui encore, malgré les transformations qui ont suivi la logique d'un tourisme de masse et d'une certaine façon envahissant, Anacapri a maintenu les caractéristi­ques d'un typique centre de montagne, d'une île méditer­ranéenne. Les maisons blanches, avec leurs lignes archi­tecturales aux connotations très marquées, se succèdent dans la blanche pureté restituée par les façades blanchies à la chaux, par les lumineuses terrasses aérées, par les volutes souvent curvilignes des toits des édifices. Une luxuriante végétation s'étend tout autour et transparaît dans les jardins, dans les potagers et dans les pergolas, tandis que les territoires limitrophes sont marqués par la présence du myrthe, du genêt, du lentisque, du genévrier et par de nombreuses autres espèces végétales, qui alter­nent avec le pin maritime et le pin d'Aleppo. Anacapri est une localité idéale pour les vacanciers et une station clima­tique qui bénéficie des effets d'un climat extraordinaire-ment doux et sain. Base de départ pour d'intéressantes excursions naturalistes et historiques, elle est regroupée autour de la délicieuse Eglise Paroissiale S. Sofia. Cette dernière fut construite au Moyen-Age, et est mise en mou­vement par la coupole centrale, par les petites coupoles et par la gracieuse Tour de l'Horloge. L'élégante façade baroque (XVIIIème s.) à deux ordres est divisée verticalement par des pilastres.

 

VILLA ST. MICHEL

La construction, assez hétérogène et éclectique d'un point de vue architectural, est située dans la localité de Capodi-monte, sur le bord d'une pente abrupte qui descend sur les Bains de Tibère. Intégrée dans un décor fantastique, qui offre des aspects d'un charme touchant, elle émerge avec la blancheur de ses lignes architecturales, entre le vert in­solent de la luxuriante végétation méditerranéenne, et les vues bleu cobalt de la mer.

Sur le lieu où Axel Munthe commença à construire la villa à partir de 1896, se dressait une demeure rurale anonyme qui aujourd'hui encore, même si elle a été transformée, constitue le noyau central de la construction. Pendant les travaux d'excavation, on retrouva de nombreux vestiges de maçonnerie datant de l'époque impériale romaine; au­jourd'hui encore, les restes des murs en opus reticulatum confortent la thèse selon laquelle il s'agissait de l'ancien emplacement de la Villa de Capodimonte, l'une des douze résidences impériales augusto-tibériennes. Aujourd'hui, la villa, qui a été transmise par testament à l'Etat de Suède, est gardée par la Fondation Saint Michel qui surveille son irréprochable manutention. Pendant la saison estivale, on y accueille les chercheurs et les huma-

nistes suédois, tandis qu'une série de manifestations artis­tiques, littéraires et culturelles sont vouées à concrétiser la volonté d'Axel Munthe: une intégration complète dans les relations culturelles entre la Suède et l'Italie. Le Hall d'Entrée, auquel on accède par un très beau por­tail surmonté d'une frise en céramique semi-circulaire sur un fond doré et décoré par une précieuse frise avec des ornements en marbre, présente un pavement en mosaïque avec la représentation du motif de Pompei Cave canem, un morceau sculpté d'un sarcophage romain, et une pierre tombale avec épigraphe. La Salle à Manger est également ornée sur son pavement, avec la copie d'une mosaïque de Pompei dont le sujet est allégorique, et celle-ci est meublée avec du mobilier bolognais du style de la Renaissance; on y abrite en plus une collection d'étains suédois du XVIIIè-me s.

Le Hall est un jardin recueilli, interne, qui rappelle les anciennes demeures romaines. On remarquera la margelle romaine, qui date de la période républicaine et qui est ornée par de gracieux bas-reliefs externes. Quelques têtes en bronze sont les copies d'originaux gréco-romains, tan­dis que les parois sont recouvertes d'anciens fragments

d'argile et de marbre ainsi que d'une série d'épigraphes funéraires.

La Chambre à coucher, accessible par l'échelle et la Log­gia, présente un curieux lit en fer battu de style sicilien du XVème s., des meubles en marbre de l'époque impériale qui représente Apollon jouant de la lyre. Dans le Salon Français, on abrite l'édition originale de l'Histoire de Saint Michel, de nombreuses traductions, tandis que sur un côté, on a peint la devise d'Axel Munthe («Oser, Vouloir, Savoir, Taire»).

Le Studio, ennobli par un pavement en mosaïque de mar­bre, de probable origine romaine, garde de précieuses piè­ces anciennes comme une Tête de jeune en terre cuite, de très belles exécutions hellénistes (IVème s. av. J.-C.) et une Tête de Méduse que Munthe lui-même aurait récupérée des fonds marins près des Bains de Tibère. L'adjacent Salon Vénitien, dénommé ainsi en raison des meubles rococò de style vénitien, est divisé du studio au moyen d'une belle colonne en marbre africain qui soutient un chapiteau très élaboré.

La dite Loggia des Sculptures s'ouvre sur la vue d'une gracieuse pergola; l'élément de plus grand intérêt est un buste en marbre représentant Tibère et son neveu Germa-nicus. Parmi les statues se détache la reproduction romai­ne d'un original grec du IVème s. av. J.-C. représentant Ulysse. Les ouvrages en marbre sont très nombreux, ainsi que les répliques de sculptures plus ou moins connues. Au

centre de la loggia, on a mis une délicieuse table en mosaï­que, soutenue par de délicieuses colonnes en torsades, el­les-mêmes ornées par des tessères en mosaïque. Cette oeu­vre est attribuée aux Cosmati, des marbriers romains qui ont exercé jusqu'au Xllème s.

La Pergola culmine dans un panoramique belvédère en abside d'où l'on peut admirer une vue enchanteresse sur le golfe de Naples, sur la Péninsule de Sorrente, et sur une ample portion de l'île. Dans le voisinage, on peut voir les traces évidentes de la villa impériale romaine. La Chapelle blanche dédiée à l'archange du même nom confère sa dénomination à tout l'ensemble de Saint Mi­chel. Elle est située sur les ruines d'un édifice du Xème s. A côté de l'entrée, se trouve une sculpture tombale de l'époque romaine qui représente la Mère avec son fils. L'intérieur abrite une sculpture de la Renaissance en bois qui représente Saint Michel et les fonts baptismaux du XlVème s. Aux abords de la chapelle, sur un mur tourné vers la célèbre vue panoramique, on trouve un Sphinx égyptien en granit rouge, qui date du Xlème s. av. J.-C. A travers la suggestive Allée des Cyprès, que Munthe lui-mê­me planta avec des arbrisseaux prélevés dans la Villa d'Es­té près de Rome, on peut observer le bas-relief tombal de Lucius Careius (1er s. av. J.-C), et on arrive enfin au hall de la Cuisine, où sont gardés les précieux vases à usage pharmaceutique en céramique de Faenza du XVIIIème s.

VILLA DAMECUTA

Les terrains plats de Damecuta s'étendent dans la partie nord-occidentale du vaste plateau d'Anacapri. Pendant la période de l'empire romain, cette zone fut choisie par les architectes de Rome qui y érigèrent un grand nombre de villas et de résidences. Parmi les nombreuses habitations, dont certaines eurent un rôle de véritables entreprises agri­coles, celles d'Aiano, Montivello, Tiberino et Vitareto se distinguèrent. En marge de ce décor idyllique du plateau d'Anacapri et à proximité de la Tour de Damecuta, du Moyen-Age, s'étend une vaste zone archéologique qui a fourni d'abondants vestiges de l'une des villas romaines les plus grandioses et imposantes de la période impériale: la Villa de Damecuta. Les origines de ce toponyme sem­blent se perdre à l'époque de la colonisation grecque dans l'île; l'hypothèse qui voudrait faire dériver Damecuta de Domus Augusti est aujourd'hui privée de fondement. Les vissicitudes de ce grand édifice impérial, lui aussi mar­qué par la figure de Tibère et par son mythe, ont été mis en lumière à partir de la seconde moitié des années Trente. A cette époque là, la richesse d'Axel Munthe, propriétaire des lieux, permit aux archéologues de procéder à la récu­pération des vestiges. Il semble attesté que la villa de Da­mecuta a été également la première villa impériale dans

l'île a être abandonnée: gravement lésée par la retombée des matériaux rejetés par le Vésuve pendant le désastreux épisode qui vit la destruction de Pompei, d'Herculanum et de Stabie (79 ap. J.-C.) et presque totalement submergée par l'accumulation des cendres volcaniques, sa décadence irréversible commença à partir de là. De nos jours, les restes grandioses des édifices en opus reticulatum s'offrent à la contemplation admirative des visiteurs, tandis qu'ail­leurs, prédomine la technique plus simple et grossière de Vopus incertum. C'est la Loggia qui émerge en particulier: elle donne sur le bord escarpé qui tombe à pic sur les fonds marins. Un peu en dessous de la Tour crénelée de Damecu­ta, gros ouvrage de blocs de pierre brute et irrégulière, et érigée au Xllème s. pour surveiller les mouvements des navires des corsaires, s'étend la Domus impériale à propre­ment parler. Ici, dans ce qui devait être la chambre à coucher de l'empereur, on a mis au jour un précieux torse acéphale représentant Narcisse nu, une simplification ma­nifeste du goût esthétique raffiné de Tibère, et de ses pro­fondes inclinations lascives. Il semble attesté que la ville disposait d'une escale à la pointe de la Gràdola d'aujour­d'hui, dans le voisinage de l'accès à la Grotte Bleue, et où sont visibles les vestiges d'une autre villa romaine.

 

 

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AXEL MUNTHE

Il est né à Oskarshamm, en Suède, le 31 octobre 1857, et il finit ses études inférieures dans son pays, puis il fréquente l'Université en France et se licencie en médecine à Paris, à l'âge de 23 ans. Après avoir exercé la profession de médicin dans la capitale française, il deviendra un médecin très estimé et sollicité dans les familles de rang élevé. Appelé en 1903 à Stockholm comme médecin de la cour, il passa de longues périodes de sa vie à Capri, où il construisit la magnifique résidence de Saint Michel et où il donna naissance à son immortel chef d'œu-vre littéraire. Dans les dernières années de sa vie, il fut l'hôte des rois de Suède à Stockholm. La mort le surprit au Palais Ducal le 11 février 1949. Hom­me, médecin et humaniste d'une indiscutable quali­té, il exerça avec un prodigieux altruisme et aida les plus miséreux, en devançant les plus récentes évolu­tions écologiques.

 

 

 

 

 

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